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Hier, je me faisais de la bile, aujourd'hui je me sens plus sanguine. Reçu un message apaisé de MV, je ne m'y attendais pas. Mais pas de ping-pong courriel, le message d'hier m'a donné du grain à moudre. J'attends la farine.

Alors que ce canot-ci est renfloué, voilà qu'un autre coule. La librairie Maupetit à Marseille a ouvert un espace d'exposition et Claire Raphaël, agent de son époux Patrick, peintre, était au stade ultime d'une négociation où les toiles y seraient exposées accompagnées de textes de mon cru, avec lecture par bibi. Mon éditrice, Evelyne Wenzinger, enthousiaste, poussait à la roue ; le directeur de Maupetit a traîné Claire de courriels en coups de téléphone pour terminer sur ce rendez-vous où il lui annonce: je vous reçois pour faire plaisir à Evelyne qui pense du bien de ce projet (elle aime les collisions d'univers, voire les collusions), mais c'est non. Le projet n'est pas dans la ligne de cet espace. Un rapide système binaire au biniou aurait suffi : oui/non. Pourquoi faire perdre son temps aux gens ? Je pense à Claire, son énergie, sa créativité, son souci de la perfection (il faut dire qu'elle est maître-artisan brodeur, dotée d'un talent fou) : elle aurait pu s'économiser ces allées-venues. Patrick et moi, quoiqu'il advienne, avons décidé de réaliser ce travail, il peint, j'écris, on partage nos univers pour le plaisir de voir ce qui va naître. Peu importe le support. Nous trouverons toujours un lieu, virtuel ou non, pour montrer et partager avec des spectateurs/auditeurs le résultat de nos cogitations.

Putain (excuse my French), c'est simple : oui, non.

Il y a tant de moments où la nuance est de rigueur ; or par pure paresse intellectuelle, c'est là que le système binaire prévaut : blanc, noir, vrai, faux, bien, mal. Mais pour un rendez-vous, un déjeuner, une date ?  Où est l'enjeu ?

Claire est très déçue, je la comprends ; hier je l'étais aussi. Patrick me dit d'écouter la chanson de Charlélie Couture : même à Spielberg on a dit non. Oui, se prendre un râteau, ce n'est pas bon. Plusieurs râteaux, ça fait mal. Mais il est vrai, qu'au fil des ans, des oui bienvenus se font plus nombreux.

Passé un moment à observer les oiseaux se disputer les petites pommes du pommier japonais. Hiérarchie stricte, pas de mélange d'espèces - si j'y suis, tu t'en vas. J'écoute les sons qu'ils émettent, de véritables phrases et on sait bien de quoi il est question ; de longs discours qui tendent à démontrer que si l'oiseau est joli, il n'est ni meilleur ni pire que l'humain.

Les chats, eux, se partagent le territoire de notre lit en bonne intelligence - pour une fois. Chacun s'est attribué un coin de nos oreillers pour y répandre leurs poils d'hiver. Oui, je m'en fiche. Oui, j'aime être allongée entre les deux, regarder les oiseaux et revenir à ma lecture ou mon écriture. Je lis un roman édité par l'Aube justement - pas de la littérature, sauf si on prend en compte l'effort de déconstruction pour éviter le récit linéaire - mais un témoignage terrible sur la question des mères porteuses en Inde, des études sauvages sur les embryons humains et d'une manière générale, de la condition des femmes des classes sociales défavorisées ; le bouquin est intitulé "Les origines de l'amour", de Kishwar Desai (bien) traduit par Benoîte Dauvergne dans la collection Aube Noire ; ça se lit comme un polar de bonne facture.

Passée chez Mot-à-à Mot pour le premier tome des oeuvres romanesques de Dostoïevski de 1846 à 1849 traduites par André Markowicz pour Actes Sud. J'ai biberonné de la littérature anglo-saxonne en VO depuis plus de 30 ans, un supplément d'âme russe est nécessaire.

Fille, seule étudiante du spécialiste de sumérien, araméen et autres langues disparues du département de linguistique à l'Université de Provence, travaille jusqu'à 20h sous sa houlette. Les deux autres étudiants ont lâché la rampe avant la fin du premier semestre. Je trouve qu'elle a de la chance : et d'être passionnée, et d'avoir un bon spécialiste dans le domaine à son entière disposition.