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Un des moments favoris de l'année : des vacances, une lenteur des heures, des promenades dans les montagnes éclairées de lampions rouges, jaunes. L'ombre des arbres elle-même est dorée. De ces trois jours dans le pays de Digne avec Elise et Maurice, je ramène des instants paisibles bien rangés dans ma mémoire. La topographie de ces contreforts alpins rend les randonnées un peu plus exigentes qu'ailleurs - chaque pente est rude. Mais arrivé dans des vallées désertées ou les cols solitaires, la récompense est là : deux refuges d'Andy Goldsworthy, la rivière d'argile au-dessus d'Esclangon et celui du col d'Escuichiere, mon préféré ; l'oeuvre de Richard Nonnas qui fixe la mémoire du hameau de Vière, abandonné depuis des dizaines d'années, je ne sais pas très bien, peut-être dix dizaines. Nous avons la chance de cheminer avec un ami de Maurice et Elise, Eric Klein, l'architecte-artiste qui a imaginé l'écrin dans lequel les oeuvres se nichent. De la pierre, de l'argile, du bois, pas de fioriture, j'ai l'impression d'une source continue de force ; j'aime la conversation lente des cailloux, l'endroit ne pouvait pas manquer de me plaire. D'Eric Klein, nous voyons aussi le mémorial érigé pour les victimes de cet avion précipité contre la montagne par son pilote dépressif - un suicidé accompagnés de 149 personnes qui n'avaient pas envie de mourir ce jour-là. 149 tiges de métal plantés dans un socle de béton dissimulé évoquent la chute, le ciel et la terre en collision. Les familles s'en servent pour y laisser des ex-voto, c'est maladroit, mais au fond c'est à eux, l'oeuvre d'art se transforme et se boursouffle du chagrin des familles. Le deuil ne s'affiche pas toujours avec la sobriété que j'imagine, mais en couleurs criardes et objets made in China.

Avant de partir, Elise et moi ramassons des poires au pied de l'étendage communal, à Prads où nous dormions, avec l'autorisation de Françoise notre logeuse loquace. Une telle abondance de fruits déclenche l'envie de récolter plus que nécessaire (le besoin atavique de se préparer à l'hiver ?). Je pense à cette phrase que j'ai lue : "j'ai besoin de pommes de terre, surtout ne m'en donne pas trop."

(Photo Elise Padovani - Détail d'un des murs dans le refuge d'Escuichiere - Andy Goldsworthy)