Portes et Miroirs, tome II

11 janvier 2009

Bouquiner à la pleine lune

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Un jour gris filtre par les volets, je me lève, mais ce n'est que  la lune. Rangé dans ma mémoire un quatrain de Musset, reliquat d'école primaire, remonte à ma mémoire :

C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Pas de clocher, juste la colline où brille une écharde de lumière, une maison où vit un couche-tard ou un lève-tôt ou encore un insomniaque.
Soleil resplendissant, pas un souffle de vent. J'ai fait des brioches en forme de couronne des rois pour célébrer tardivement l'Epiphanie. Un prétexte.
En attendant, je lis les journaux du dimanche, à l'anglaise, et je fais le plein de colère, d'indignation, je ne comprends rien.
Les guerres sont-elles un moyen de juguler la menace de surpopulation  obscurément inscrit dans nos gènes ? On n'en parle pas dans l'article sur ce thème  paru cette semaine dans le Monde 2. Pour une fois, plutôt positif, l'article, assez raisonnable : les prévisions les plus sombres d'une terre exsangue, à bout de souffle ne suffisant plus à nourrir les humains ne prendront pas corps, semble-t-il. A noter, le taux de fertilité chez les femmes est inversement proportionnel au taux d'alphabétisation : de là à penser qu'une femme sachant lire préfère finir un bon bouquin plutôt que bouquiner*...
(bouquiner : s'accoupler, chez les lièvres...)
La neige ayant fondu, le facteur m'a apporté toute une série de films que j'avais commandés ; mais j'ai aussi une pile de bons livres à bouquiner.

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12 janvier 2009

Surprise !

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Portes et miroirs est revenu des Limbes ou des Enfers ! Quelle surprise, et je ne sais pas pourquoi, je me sens toute contente de le savoir de nouveau là ! Je vais néanmoins continuer mon journal ici : à nouvelle année, nouveau tome. Je laisse un accès dans la colonne des liens d'amis (... étrange : suis-je amie de moi-même ?) et cela constituera une archive pour 2008.


Et s'il y avait une panne générale d'électricité pendant plusieurs jours, que personne ne puisse scruter la Toile, se détisserait-elle ? Où vont les textes et les images quand on ne les active pas ? Est-ce qu'ils existeront toujours dans 10 000 ans, ces mots, ces pixels qui existent sans exister ? Mais quel vertige existentiel soudain...

Retour au lycée, l'atmosphère est tranquille, les élèves font les fous dans la neige, le soleil est radieux : sur ce petit espace, à cet instant, nous sommes, je pense, heureux. Une bulle, qu'il faut apprécier à sa juste et immense valeur ; ailleurs, les bulles de cette sorte sont rares. Ce serait un crime de négliger de vivre le plus intensément possible quand à chaque seconde on mitraille, écartèle, tabasse, bombarde, fusille, torture, convoite, complote, sanglote, souffre, meurt, tue, emprisonne, exécute, vocifère, exige, pose des ultimatums... Opposer à toutes les destructions, de la plus infime à la plus aveuglante toutes les façons de résister.

Soleil radieux, ce matin, j'écoute sur France Culture la chronique quotidienne de Corinne Lepage qui me plaît d'autant plus qu'elle dit tout haut ce que  beaucoup d'entre nous pensons tout bas : à quoi servent les milliards de dollars et d'euros donnés à ceux-là mêmes qui les avaient dilapidés pour remettre à flots un modèle de société qui ne peut plus correspondre à ce dont nous avons besoin ?
Tout cet argent qui pourrait être investi dans la recherche, la formation, la préparation de notre avenir... Hé bien non, n'y pensons plus, continuons à construire des voitures au lieu, par exemple, de remettre en service toutes les petites gares fermées au cours des trente dernières années parce qu'elles n'étaient pas rentables.
Soleil radieux aujourd'hui, à peine un souffle d'air, le ciel vibre de lumière deux minutes de plus qu'hier.
Pensons aux imbéciles qui lancent des cocktails molotov sur des synagogues en France : oui, il y a beaucoup de travail pour éduquer, former, apprendre à réfléchir, écouter.

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13 janvier 2009

Jouer dans la rue

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Ce matin, à Aix, je déambule ; les places sont presque désertes, pourtant c'est le jour du marché. Je croise un homme qui parle tout seul, il fixe le sol du regard : tu veux rester sur Aix, monter à Gap, aller chez Miette ? Tu veux quoi Elodie ? Je passe. Je note l'usage de la préposition sur : je descends sur Marseille, je reste sur Cambrai. Moi, je remonte vers la cathédrale, prends  une enfilade de petites rues où le silence est si intense que je le palpe, presque, un peu méfiante, mais non, il dure. Ou bien je suis devenue sourde. Un vieux chien fait la sieste près d'une de ces plaques en fonte qu'on trouve partout en ville : mon regard une fois attiré, je ne vois plus qu'elles et les mots qui y sont gravés. A la marelle, je joue et commence à pont pour franchir des eaux, j'évite la mousson, et le vice, je bondis par-dessus et ne me tords pas la cheville, j'y pense à mes chevilles à cause d'e l'expression avoir le vice chevillé au corps. Autre chose peut-il être chevillé au corps ? La vie, la foi ?  Au trot, je poursuis le jeu, un coup de dés,   oui, vive le hasard, je gagne une seconde de plus. Je flâne, l'air est vif, j'ai les mains gelées et chaque seconde au soleil tranquille de cette rue est un minuscule bonheur, qui ne me coûte rien, n'enlève rien à personne. Je prends des photos et suis toute absorbée par ce que l'objectif me révèle : quelle porte ouvre cette serrure à mes pieds ? Par le trou  j'entrevois une silhouette qui me fait signe. Je suis Alice, je n'ai bu que de mon infâme Lipton Yellow ce matin, pourtant j'ai rétréci et me promène dans un curieux labyrinthe. Ce monde minuscule me donne le vertige. Dommage, je dois retourner en cours, je me promets de revenir. Jouer dans la rue, à la marelle sur les plaques d'égout pour faire la nique au temps qui pour nous file tout droit sans idée de retour.

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14 janvier 2009

Résister

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Extrait d'un article paru dans le Monde en ligne d'aujourd'hui où je lis que 80% des Israéliens continuent de soutenir la guerre.


Où l'on voit que la volonté de réfléchir, de ne pas vouloir à tout prix zigouiller le voisin, n'a jamais été, n'est pas, l'apanage de la majorité. Et comme il faut conjuguer cette affirmation au futur, je préfère me réfugier dans les 80km² de forêt  inexplorée au Mozambique, découverte grâce à Google Earth : rendez-vous compte, un espace qu'aucune carte ne répertorie (encore), un espace où disparaître sans laisser de traces ; sûrement pour peu de temps, hélas.

Il y a d'autres endroits sur le globe qui nous sont complètement inconnus comme les fosses de 8 à 11 000 mètres de part et d'autre d'une chaîne de montagne sous-marine qui s'étire des Açores à l'Islande. Un peu difficile d'accès, cet endroit vierge d'humains ; et pourtant, même là, on va taquiner le goujon. Il y a cinq ans, un groupe
international de scientifiques , le projet Mareco, a invité plusieurs établissements scolaires  européens à relayer une partie des informations glanées au cours de la mission d'exploration de ces abysses. A cette occasion, j'ai visité le Musée des Sciences à Bergen où sont conservés des spécimens de bestioles des grandes profondeurs et aussi le bateau spécialement affrété pour le projet. C'est réconfortant de travailler avec des humains qui préfèrent ouvrir leurs yeux, leurs oreilles, et réfléchir au lieu de se déchirer ou de plastronner.

Je suis déçue, je suis rentrée trop tard pour aller au Hakuna à l'atelier d'écriture où je rencontre des femmes qui résistent de toutes les façons possibles et les meilleures qui soient.

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Le Pavillon Noir à Aix, un acte de résistance architectural face aux prétentieux bâtiments néo-gréco-provençaux qui prévalent dans la ville et dont on voit un exemple dans le reflet. Pacotille.

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15 janvier 2009

Mer belle à peu agitée

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Douce journée aujourd'hui, ciel lumineux, pas de vent, aucune mouette dans la cour du lycée : c'est signe que la mer est belle. Ce matin, les élèves me font le cadeau de ce silence particulier des cours qui parviennent à les toucher : nous travaillons sur l'introduction du film de Marc Foster , Stanger than Fiction, où un homme découvre qu'il est le produit de l'imagination d'une romancière.

Sur France Culture, j'écoute un entretien avec Paul Auster sur son dernier roman ; je constate que je peux regarder l'émission qui lui est consacrée ce soir sur France 5 sur le site internet de la chaîne à un autre moment, alors je regarde le film de Woody Allen , Manhattan Murder Mystery ; sans doute pas mon préféré, mais quelques répliques me mettent en joie :
Carol Lipton: I don't understand why you're not more fascinated with this! I mean, we could be living next door to a murderer, Larry.
Larry Lipton: New York is a melting pot! I'm used to it!

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16 janvier 2009

Piège à rêves

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Nuit hachurée de rêves étranges, d'images plutôt. Quelqu'un n'aurait-il pas déjà inventé une machine à capturer les rêves ? Il y a bien les attrape-rêves des Amérindiens mais il s'agit de pièges à cauchemars plutôt. Nous en avions acheté un pour Alaïs au lac Kashe, en Ontario. Non, ce que je voudrais, c'est un genre de magnétoscope afin que je puisse revoir ces images de la nuit. A tête reposée. Sur le projecteur, j'apposerais un triple code d'accès, non que mes rêves soient inavouables (ceux qui le sont doivent être l'objet d'une telle censure que je ne peux m'en souvenir d'aucun...), mais j'entends bien cultiver mes jardins secrets tranquillement.

Ce matin j'écris de 9h à 15h, j'ai oublié de déjeuner. Certainement, écrire est une manière d'enregistrer un rêve éveillé, le matériau est aussi retors,  aussi peu docile ; il faut le travailler sans relâche pour le rendre ductile, comme le mensonge, dixit Anatole France*. Sauf que le roman n'a rien à voir avec un mensonge, c'est juste une réalité fabriquée de toutes pièces et bâtir des murs avec ces pièces-là nécessite l'apprentissage de solides techniques d'architecture, et ça ne s'arrête pas là : il faut encore la patience d'assurer un suivi des travaux sans faille .

Je décide de faire un pique-nique ambulant, de profiter du soleil et de la douceur. J'ai mes écouteurs sur les oreilles et je flâne. J'observe un homme qui taille les cerisiers. Il est perché dans un arbre, je ne vois pas très bien ce qu'il fait, il est à contre-jour ; je finis par me rendre compte qu'il s'adresse à moi et j'enlève mes écouteurs précipitamment, ça le fait rire. Je suis contente qu'il soit d'humeur à tailler et ses cerisiers et la bavette, je n'aurais pas osé l'interrompre de peur qu'il tombe, funambule sur des branches bien frêles ; pourtant non, il est à l'aise, un vrai chat. Il m'explique son travail, nous parlons du village, de l'état du monde, comme il va sur la tête, absurde, sens dessus-dessous et combien nous avons de la chance. Je comprends qu'il s'ennuyait à travailler seul dans son verger. Je reprends le fil de ma promenade, en me disant que moi aussi, il faudrait que je m'occupe de mes arbres. Je longe un champ ; des pierres, des stèles brisées où des noms se perdent sous la mousse y sont entassées : les restes d'un cimetière Vaudois, des amandiers ont pris sa place.
Je rentre et suis de nouveau happée par mon ordinateur : c'est une bonne journée, j'en profite, parce que je sais très bien que demain en ouvrant mon fichier, je me sentirai frustrée ; le matériau qu'il me semblait avoir modelé à ma convenance aura mystérieusement pris de faux-plis, voire je ne reconnaitrai rien de ce que je croyais avoir écrit ! Mais j'apprends la patience et la force du travail, je fais confiance à mon guide.

* Le mensonge, au contraire, a des ressources merveilleuses. Il est ductile, il est plastique (France, Anneau améth., 1899, p. 196) 


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17 janvier 2009

Cinéma à la maison

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J'ai reçu tout un lot de DVD commandés la semaine dernière.  Séance cinéma avec The mirror has two faces de Barbra Steisand qui me fait mourir de rire mais pas seulement. Puis découverte d'un splendide film vietnamien de Tran anh Hung, A la verticale de l'été. Je file dormir avec en  tête des images d'une délicieuse sensualité filmées dans un Hanoï éloigné de l'idée que je m'en fais. J'ai aimé le portrait de ces trois soeurs qui se déploie lentement ; la caméra passe derrière le miroir sans rides et révèle les remous intérieurs, exactement comme j'aime, sans cris ni vociférations d'aucune sorte ; elle s'attache au mouvement des corps, la splendeur qui naît d'un geste simple comme effleurer le surface de l'eau dans une bassine, se retourner dans son sommeil, s'étirer le matin. En contrepoint elle observe discrètement les fissures, les failles, le divorce constant entre désirs et compromis avec le quotidien. A une ou deux reprises, je me prends les pieds dans le fil narratif, mais ça m'est égal, je déambule dans un univers étrange et familier : Hanoï, la baie d'Along, le lac de la Bonde, Cabrières d'Aigues, au fond la géographie dans cette histoire importe peu, ce sont les paysages intérieurs que je reconnais.


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19 janvier 2009

Etourdissant

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Soleil, grisaille ou pluie franche, ce matin, je ne sais pas trop : j'étais en classe et à cause des reflets sur les tableaux blancs  (modernité oblige) nous baissons les stores et utilisons la lumière artificielle ; alors la couleur du ciel... Cet après-midi, chez moi, pas de tableau blanc, mais il fait nuit ou presque, j'allume aussi les lampes. Je travaille : je passe un temps fou devant cet ordinateur, j'y lis même de plus en plus souvent le journal... Je m'intéresse aussi aux commentaires laissés par les lecteurs et si on a une petite tendance à idéaliser le lectorat du Monde ou de Libé, les pendules sont vite remises à l'heure : les commentaires lucides et mesurés ne sont pas légion, en revanche les donneurs de leçon péremptoires abondent et peut être entendrait-on des idées plus éclairées au comptoir du Bar du Commerce. La guerre à Gaza attisent des passions où l'on sent bien que tout le monde campera sur ses positions. Moins les gens ont d'arguments clairs et sensés à mettre en avant, plus la parole est embrouillée voire carrément injurieuse ; une lectrice apostrophe l'auteur d'un message qui a le malheur d'évoquer la disproportion des moyens mis en oeuvre par les Israéliens contre les roquettes du Hamas en le traitant de bougre de con... Les autres articles qui suscitent un langage fleuri  sont ceux sur les mouvements sociaux : ces fonctionnaires, tous des fainéants qui ne pensent qu'à eux... En tout cas, le pari du gouvernement Sarkozy de diviser pour régner est gagné. A la radio, j'écoute les reportages sur la préparation de la cérémonie d'investiture d'Obama. Même si fonder trop d'espoir sur cet homme n'est pas sage, il incarne un tel renouveau d'espoir et de confiance dans la vie politique de leur pays que j'envie les Américains. Je suppose que notre tour viendra lorsque Sarkozy et son gouvernement auront laminé tout ce qui fonctionnait dans notre société, que toutes les valeurs un tant soit peu humanistes dans les administrations et les entreprises
auront été passées au karcher.  Je suppose qu'il lui faudra deux mandats pour y parvenir (la lecture des commentaires virulents contre la moindre velléité de résistance le laisse entrevoir) donc encore 6 ans et nous serons mûrs pour doubler le Cap Horn...
Les étourneaux passent en tornade au-dessus des champs. De loin ils ont l'air gris et ternes, ces oiseaux, mais j'ai pu en observer un de près (il était immobile, mort pour tout dire) et j'ai été époustouflée par la beauté et la délicatesse des mouchetures grises, brunes et bleutées de son plumage, l'élégance de son bec. Depuis, je peste moins fort quand à l'occasion de leurs étourdissants passages ils laissent derrière eux une épaisse couche de fientes violettes... Après une séance de sport en boîte (le sol est tellement détrempé qu'il n'est question ni de marcher ni de courir, à peine patauger, alors la salle de sport est un bon moyen pour dépenser mon énergie), je sifflote en préparant le repas : la chatte Lili ,qui ne me quitte pas d'une semelle, se pâme et je fais des expériences : elle a un faible pour une chanson tirée de Limelight, les petits chaussons de satin blanc, Greensleeves la met en transe et quand j'attaque Fine Knacks for Ladies**, elle m'accompagne en miaulant. Je reçois des protestations en bonne et due forme d'Alaïs et Bernard, un chat mélomaniaque, c'est bruyant je suppose ; je ne crois pas que mes sifflotis expérimentaux soient à l'origine de leurs revendications.

Nous voyons quelques images des cérémonies pour Obama, c'est presque inquiétant toute cette ferveur. C'est qu'on brûle si facilement ce qu'on a adoré ! Pas de danger pour notre Sarkozy, lui au moins ne risque pas le bûcher. 

** Une version sur Youtube chantée par the King's Singers à la manière élizabétaine, juste après une petite explication en anglais parfait, sous-titrée en italien !

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20 janvier 2009

Margaritas...

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Le matin, je pars toujours largement à l'avance,  je déteste arriver juste à l'heure pour commencer les cours. J'ai besoin de temps pour passer de la voiture aux salles de classe. C'est que dans la voiture, j'écoute et c'est une activité à laquelle j'ai du mal à renoncer ; il me faut du temps pour ranger les réflexions ou les rêveries suscitées par les voix qui m'ont traversée pour rumination ultérieure. Ces 40 km qui me séparent du lycée chaque jour modifient quelque chose en moi, parfois le changement est presque imperceptible, d'autres fois il est plus radical, mais toujours j'ai besoin d'ajuster mon masque, d'endosser mon rôle social et professionnel. Au retour, j'ai besoin du même temps pour l'ôter. Comme tout le monde, sans doute. (Certains parmi nous ont un masque si précisément ajusté que je me pose la question : comment fait-il, comment fait-elle ?)

Ce matin, même l'embouteillage ne parvient pas à m'angoisser, je passe de France Inter à France Culture ; pendant les pauses publicitaires j'écoute le disque de Marcio Faraco resté dans le lecteur. Ce matin, Nicolas Demorand et son invité Justin Vaïsse, un historien directeur de recherche à la Brookings Institution de Washington ont prononcé le mot ferveur six fois en moins de quarante secondes au sujet de l'investiture de Barack Obama. Ce mot a longtemps fait partie de mes préférés, maintenant moins ; je vieillis ou je mûris, c'est à voir.
Sur France Culture, à 7h 25, Caroline Eliacheff se demande si nous sommes capables de reconnaître la beauté, (l'intraitable beauté du monde dit-elle) n'importe où, sous n'importe quelle forme. Elle raconte l'histoire d'un violoniste dans le métro, et en cherchant un peu à l'aide de St Google, je trouve qu'il s'agit d'une expérience initiée par un journaliste du Washigton Post : le 13 janvier 2007, il place un jeune violoniste affublé d'une casquette de baseball dans une station de métro, l'Enfant Plaza à Washington DC, le matin à l'heure à l'heure de pointe. Pendant quarante minutes le violonneux taquine Bach, Schubert, Massenet : presque personne ne s'arrête, il récolte tout de même un peu plus de trente dollars. Très peu de personnes, sur les 1100 qui sont passées, ont reconnu Joshua Bell, un des meilleurs violonistes du monde qui donnait ce concert impromptu sur un Stradivarius de quatre millions de dollars. J'aimerais croire que je me serais arrêtée pour écouter ; je suis sûre que je n'aurais pas identifié Joshua Bell, je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam, mais j'espère que j'aurais été séduite par la musique et que j'aurais accepté d'arriver en retard à mon travail pour ce petit morceau de beauté. Oui, c'est peut-être difficile de reconnaître et de céder à la beauté, au plaisir et au bonheur, les rares moments où l'on s'y autorise sont de fragiles instants de grâce, de petits miracles d'autant plus précieux.
En tout cas, l'article que Gene Weingarten a tiré de cette expérience, Pearls Before Breakfast, lui a valu le prix Pulitzer (si vous cliquez ici, vous pourrez le lire, et voir plusieurs extraits de la vidéo qui montre Joshua Bell et les passants).

J'écoute d'une oreille la radio, c'est le soir, j'entends que pendant six minutes, entre midi et midi six, heure de Washington, les Etats-Unis n'ont pas eu de président. Quel scénario pourrait-on imaginer pour ces minutes ?

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21 janvier 2009

Dits,non-dits, inédits

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Tranquillement, écarté des fastes qui l'ont entouré, j'écoute le discours de Barack Obama, un discours sobre, fort, émouvant. Sur cette page du Guardian, on peut le voir, le lire, l'écouter (en V.O sans traduction, pardon !). Même si un jour la présidence d'Obama déçoit, le parcours de cet homme est en soi une victoire acquise.


En juin dernier, à Londres, un groupe chrétien a utilisé les bus de la ville dont il avait loué l'espace publicitaire pour sensibiliser les mécréants aux flammes de l'enfer... Réponse d'un groupe d'athées qui utilise depuis octobre le même espace et dit : Dieu n'existe probablement pas. Alors arrête de te faire du souci et profite de la vie. Plus intéressant encore, le mouvement s'est étendu aux villes de Barcelone et de Gênes avec le slogan La mauvaise nouvelle est que Dieu n'existe pas. La bonne est qu'on n'en a pas besoin.

Qui sait, le 45ème président des Etats-Unis n'aura peut-être plus besoin de prêter serment sur la Bible ? Ce ne serait pas un précédent, Théodore Roosevelt l'avait déjà fait en 1901, et Kennedy avait juré sur une bible catholique en 1961.

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Je reçois les derniers romans de Pia Petersen (Iouri) et Frédérique Deghelt (La grand-mère de Jade) : je les attendais, ils tombent à pic !

Ce soir, je retourne enfin au Hakuna pour un atelier d'écriture animé par Flore : une bonne, bonne soirée. J'aime les tours de table où nous lisons nos textes bruts, à chaud. Je suis toujours surprise par la diversité des obsessions , la musique intérieure bien reconnaissable de chacune.

En sortant, je trouve le froid vif, pas Marie, ni Flore, elles se réchauffent les doigts à leur cigarette.


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22 janvier 2009

Gagner du temps

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Cours ce matin ; saisie de manuscrit cet après-midi. Dans la voiture au retour, je me repasse les conversations, je me parle toute seule, je me pose des questions à haute voix, j'essaie de ne pas céder à un peu de fatigue : il est tard, je suis debout depuis 5h00. Je suis repartie avec une liste de livres : John Cheever dont je commande un recueil de nouvelles ; Joan Didion et son Book of Common Prayer (Un livre de raison), Pascal Mercier : Train de nuit pour Lisbonne, un bon cinq étoiles m'assure Christine ; je les commande aussi : ma table de chevet fléchit et je demande une vingt-cinquième heure...
Ce soir, je vais regarder un DVD : Fauteuils d'orchestre de Danièle Thomson, je n'ai pas le courage d'écrire, pas même de relire un paragraphe ! Bernard continue de travailler les paroles d'une chanson sur une subtile grille de guitare que Bin lui a envoyée : c'est superbe, il me tarde d'entendre la chanson terminée.

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23 janvier 2009

Erreur d'aiguillage

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Je vais à Aix pour rien, je m'y rendais pour par grand chose, une énième réunion à l'heure du déjeuner, de celles qui vous bousillent une bonne partie de la journée quand on n'est pas sur place. J'arrive au lycée, Dinah, une de mes collègues, s'étonne : mais tu n'as pas été prévenue ? La réunion est annulée. Bien. Je parcours en sens inverse mes 40km, décide de m'arrêter faire du sport en boîte pour soulager et mes nerfs et ma conscience (j'ai toujours mauvaise conscience quand je laisse mon corps en jachère), hélas je m'aperçois que j'ai oublié ma tenue ; j'ai toujours ce qu'il faut dans la voiture, aujourd'hui non. Je n'ai rien écrit ce matin. Il pleut comme vache qui pisse. J'aimerais que Bernard ait oublié une cigarette quelque part sur son bureau. Non, rien.
Je vais tout reprendre à zéro. Je rédige ce paragraphe. Je décide de modifier un nom dans mon histoire. Je me fais une tasse de thé. J'enfile ma tenue de sport ici-même et j'y vais de ce pas. Je me demande si j'ai remis cette journée sur les bons rails.

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24 janvier 2009

Vendredi, samedi

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Il pleut, des sources ont crevé le flanc des talus
sur la route qui longe le Luberon vers Arles : y naissent des brouillards qui la masquent , à l'aller comme au retour. Je ne suis pas pressée, j'ai cent fois l'impression de perdre mon chemin, mais c'est pour rire : je sais bien où je vais.
Récompense à l'arrivée ; dans une salle pleine comme un oeuf, j'écoute Daniel Mesguish et Brigitte Engerer, avec bonheur. Au coeur de la soirée flambe un poème d'Aragon que je ne connaissais pas et qui m'a fait pleurer. D'habitude, je ne pleure sans vergogne qu'au cinéma : l'obscurité est dense, je ne connais personne ou alors c'est Bernard qui m'accompagne et il est si bien habitué à la suceptibilité de mes glandes lacrymales que je ne me sens pas gênée, mais hier soir il en allait autrement, je n'étais pas au cinéma ; pourtant, je n'ai pas pu m'empêcher de faire secrètement l'idiote, j'étais bouleversée par ces Rendez-vous.

J'ai eu du mal à retrouver le poème tel que DM l'a lu, mais en tâtonnant, j'y parviens presque : il est ici, dans sa version complète, je crois.

Ce matin, je décide d'aller à nouveau à la salle de gym, un antidote naturel au blues de saison. P. vient discuter pendant que je m'échine à courir sur un tapis qui ne va nulle part et ne risque pas de s'envoler. Nous évoquons nos gosses, les tempéraments de chacun (dans la salle, il y a un Attila de trois ans qui sévit sous l'oeil  impavide des parents). Nous parlons de notre passé de gamins silencieux et sauvages, de la difficulté qu'il y avait, à l'école, d'être singulier de cette façon. Ce n'était pas de la timidité, juste le désir d'être en retrait, de contempler, d'être prudents peut-être. Nous disons aussi l'admiration sincère que nous avons pour ceux qui semblent si parfaitement à l'aise en société, ces filles et ces garçons populaires que tout le monde recherchent. Nous disons aussi qu'avec les métiers que nous avons choisi, il nous est indispensable de disposer de longues heures de solitude. Et aussi nous parlons des périodes de rechutes où nous avons envie de rester dans nos terriers : ça nous fait rire. Ce qui nous amuse aussi, c'est que tous les deux, nous avons des conjoints qui eux sont naturellement à l'aise en société, complètement différents de nous ; des boucliers qui nous protègent, je pense.

Cet après-midi, je rends visite à mes parents et à ma grand-mère de 94 ans ; elle achète l'air qu'elle respire, dit ma mère. Elle souffre d'une bronchite, un poisson hors de l'eau respirerait mieux.

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25 janvier 2009

Dans un galet de la Durance

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Ciel franc et promesse de grand soleil ce matin. Je lis, j'écris. Un à un émergent les habitants de la maison pour partager le thé, les tartines, réclamer des croquettes. Nous allons récolter des galets au bord de la Durance ; le courant interdit l'accès aux iscles, nous les convoitons de loin ; j'aimerais savoir pêcher à la mouche, c'est une forme de méditation qui me conviendrait bien et me changerait de la confection de confitures ou de tartes lorsque j'ai besoin de résoudre un problème.

Retour à la maison où je tourne et retourne d'autres cailloux dans mon for intérieur. J'espère les transformer en galets aussi. Qui n'est pas fasciné par le microcosme d'un galet ? Dans le creux de la main, on tient la réplique de Vénus, Jupiter, Saturne ;  volutes de gaz,  bancs de nuages, anneaux, vestiges de satellites fracassés dans quelque monumentale collision, une image de l'univers au-delà de notre sphère fragile figée là, telle une photographie. Mes yeux incapables de scruter l'infiniment grand ou l'infiniment petit font appel à un outil bien utile, l'imagination,  pour distinguer les mouvements de ce qui semble inerte dans ma paume et ne l'est pas, je le sais.

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26 janvier 2009

Hiver en Provence

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Ce matin petit vent aigre, pluie gelée, de la neige tombe au sommet du Luberon. Matinée classique d'un lundi. L'après-midi est plus chaleureux quoique face à l'ordinateur. Ce soir, un coucher de soleil digne de figurer dans un film de Douglas Sirk...
Je reçois des nouvelles de Olöf, la jeune femme islandaise avec qui nous avons échangé nos maisons cet été. Elle dit qu'en dépit de la crise économique et politique qui sévit là-bas, elle va bien et continue de mener sa vie (elle enseigne l'anthropologie à l'université de Reykjavik) ; elle dit qu'elle est heureuse et me demande si j'ai des projets pour l'été. Si ça ne tenait qu'à moi, je repartirais pour l'Islande mais pour y voyager en bus et à pied ; Bernard a plutôt envie de mener une étude approfondie sur le single malt des îles écossaises ou bien explorer le Pays de Galles que nous ne connaissons pas,  l'idée me chante aussi. Mais l'été est loin, nous verrons ça plus tard. Pour l'heure, j'ai la tête pleine du présent et j'entends ne pas en laisser échapper une miette. La seconde supplémentaire dont nous bénéficions cette année pour remettre à l'heure les pendules mondiales n'y suffira pas...

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27 janvier 2009

Les jours

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Les jours, ils se suivent, ils ne se ressemblent pas, une antienne qui se vérifie ; parfois tant mieux, parfois tant pis. Hier il neigeait presque, aujourd'hui le vent s'est levé qui a chassé tous les nuages : je crois qu'ils vont se réchauffer au nord de l'Afrique ou se dissiper au-dessus de la Méditerranée ; je ferais bien comme eux, j'ai des envies de dissipation... Ce matin, je suis arrivée tôt dans ma classe pour ouvrir les volets avant l'arrivée des élèves (ce n'est pas un plaisir que je leur dérobe, il faut se battre pour garder les volets ouverts dans les salles de classe, le moindre rayon de soleil est un désastre potentiel, à tel point que je me demande si je ne devrais pas arborer un collier d'ail et porter un crucifix de façon ostentatoire). Huit heures moins dix, j'ouvre les volets, donc, et je m'aperçois qu'il fait jour. Au sud-est, le ciel est déjà nimbé de soleil ! Il ne fallait pas y penser la semaine dernière. C'est un petit bonheur que je ne dédaigne pas, ça non.

A la radio j'entends parler d'un rassemblement régulier de profs, de lycéens, de passants, à Roubaix je crois. Ils poussent un seul long cri de protestation chaque jour à la même heure depuis quelque temps, une forme de manifestation contre la modernisation (terme de novlangue qui signifie retour aux valeurs du 19ème siècle en terme de progrès social et de droit du travail, éradication des valeurs humanistes au profit des valeurs sonnantes et trébuchantes), modernisation, disais-je, de notre société contrôlée de façon monocratique, dixit Robert Badinter dans un entretien donné dans le Télérama n°3080 : " Nous vivons actuellement dans ce que j'appelle une "monocratie", le pouvoir d'un seul homme démocratiquement élu par le peuple [...] Quand j'entends la parole élyséenne, je sais ce que sera la loi. Et cela me rappelle l'axiome de l'ancienne monarchie : Cy veut le roi, cy fait la loi."
Alors, je peux comprendre qu'on ait envie de crier en préambule d'une discussion, crier pour interpeller les passants, un cri informe, inarticulé pour le transformer en parole, en argumentaire. Un prof de philo interrogé sur ce rassemblement disait que c'était un moyen d'entrer en contact, juste une façon d'amorcer un débat : électriser le passant, le choquer pour sortir de l'apathie et du sentiment de l'inutilité de toute action face à un gouvernement qui est parvenu à laminer une opposition crédible. Dans le même numéro de Télérama, je lis aussi un article analysant  la "frénésie répressive" de Nicolas Sarkozy. Frénésie. Ce mot évoque toujours pour moi l'image d'un roquet  aboyeur et mordeur qu'on finit  par envoyer paître d'un puissant coup de tatane.

Je lève les yeux et vois la fine faucille d'une lune toute neuve, a thin sickle of a moon écrit Faulkner dans The Unvanquished.
Et comme le vent souffle, mon dieu, comme le vent souffle, ce soir.
Demain, longue journée.

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28 janvier 2009

Thoreau et sa cabane à Walden Pond

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Certains soirs plus que d'autres, je rêve d'une cabane dans les bois (mais avec des cellules photo-voltaïques pour mon ordinateur et une connexion à internet...) ou bien d'un boudoir, d'une cellule de moniale, d'une grotte, d'une cave ou d'un grenier... Ce soir, après sept heures avec mes petits vampires, j'ai seulement envie d'être tranquille face à mon clavier. J'ai juste besoin de quelques heures de solitude complète, chaque jour ; quelques heures seulement, je sais très bien que je n'en supporterais pas plus !

Cet après-midi, j'ai travaillé avec une classe sur la peinture d'Edward Hopper, Summertime, et avec une autre sur un film intitulé Stranger than fiction, d'après une phrase de Mark Twain, Truth is stranger than fiction, but this is because fiction is obliged to stick to probability, truth is not ( la réalité est plus déroutante que la fiction, mais c'est parce que la fiction doit s'en tenir au vraisemblable, pas la réalité.)

Demain, je fais grève. Pas de lycée.

Aujourd'hui, j'ai commis un lapsus qui m'a plu : au lieu d'écrire temps libre, j'ai écrit temps livre. Allez, c'est l'heure d'aller en prendre un, de livre.

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29 janvier 2009

Dehors

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J'avoue me sentir presque effervescente de plaisir à voir tout ce monde dans les rues qui manifeste son indignation et sa détermination à ne pas s'en laisser conter par de belles paroles. Bien sûr certains journaux télévisés ont montré les malheureux usagers pris en otage qui dénonçaient leur grève avec une lippe méprisante, comme si les gens dehors avaient abandonné leur journée de salaire pour une insouciante promenade au soleil... Oh, la lecture édifiante des commentaires en ligne des articles du Monde, de Libé ou même Télérama par le tout-venant des lecteurs montre bien que Sarkozy a  de beaux jours devant lui : je crois qu'il faut redoubler de vigilance et n'accepter aucun compromis qui risquerait de vite tourner à la compromission dans l'état actuel des choses.
Cet après-midi, ma visite rituelle au Paradou. J'appelle ça ma master class, et c'est un vrai plaisir : ce n'est pas si souvent qu'on a la claire conscience de profiter d'un moment exceptionnel.

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30 janvier 2009

Commencer la journée, se souvenir, mode d'emploi

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Sans hâte se lever, attraper le livre que j'avais posé à côté de moi avant de m'endormir, me glisser dans un jean et mon gros pull troué, étoilé façon islandaise, préparer le thé. Ce matin, silence paisible, à part le chat qui me fait la conversation. Il se répète un peu, je lui réponds que oui, je suis exactement là pour lui donner toutes les croquettes qu'il voudra, chaque jour où il voudra bien être là, à l'heure qui lui plaira, c'est une de mes missions sur terre et c'est parfaitement vrai. Je prépare le thé et je vais au jardin. Là je m'arrête, je me fige, je déroule chacune de mes antennes, lentement, délibérément. Je laisse mon corps se rendre compte à quel point il est heureux d'être vivant et là. L'air est vif, le mug de thé brûlant entre mes paumes, l'horizon limpide et lumineux. Au loin on entend un tracteur, tout près des oiseaux, on ne les voit pas mais je sais qui ils sont :  rouges-queues,  rouges-gorges, roitelets, huppes, pas d'étourneaux, ah oui, tourterelles aussi. Je rentre prendre mon appareil photo et je me lance un défi, me rappeler cette scène dans un an. C'est un défi que je m'étais déjà lancé il y a, voyons, j'étais en seconde, j'avais 15 ans, il y a donc 31 ans... Un matin d'hiver aussi, mais il fait nuit, mon père me conduit en voiture au lycée à Aubagne, il passe toujours par des chemins, des ruelles écartés pour éviter les embouteillages de la vallée de l'Huveaune. Nous devons récupérer Jacques, un voisin, il est un peu en retard. Il fait froid, je suis emmitouflée dans un anorak dont la fermeture tirée jusqu'en haut me griffe  le menton, de mes mains gantées j'arrange mon écharpe, j'isole ma peau de ce morceau de plastique  ; il y a des informations à la radio ; je tourne la tête et j'aperçois au bout d'une allée de laurier-tin une fenêtre éclairée : il fait noir, la scène à l'intérieur est distincte, une lampe posée sur une table, halo de lumière jaune, une femme assise devant un bol, elle est immobile, une joue reposant dans sa main. Je me dis très distinctement est-ce que je me rappellerai cette scène l'année prochaine, et dans dix ans, et dans vingt ans ? Visiblement oui, mais pour être honnête, le souvenir s'est fendillé et divisé en tesselles de taille inégale que je rassemble en mosaïque quand je m'en donne l'injonction.

Bien ; c'est l'heure de me mettre au travail.

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31 janvier 2009

Ecouter la radio en voiture

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J'aime entendre les voix tranquilles de France Culture pendant que je conduis, sur l'autoroute surtout. Je vais dans la Drôme chez mes parents. A l'aller j'écoute  l'émission Une vie, une oeuvre consacrée à Anatole France, Le doux sourire du sceptique ; au retour  j'écoute une pièce de Gilles Granouillet, Vesna, publiée chez Actes Sud Papiers.  Pour un peu je serais restée dans ma voiture pour le reste de la nuit, jusqu'où serais-je allée ? Sienne, Florence, Rome peut-être ? ... Cet après-midi, pendant que je n'étais pas là, Bernard m'a fait la surprise de terminer l'installation du poêle à bois  dans le séjour. Lorsque je suis rentrée, il était déjà parti pour un concert à Oraison avec Bin ; le feu crépite pour Alaïs qui s'est installée et regarde sur le grand écran (les parents sont absents, les souris dansent) Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki. Nous aimons toutes les deux ce cinéaste ; le Japon des campagnes et des kamis qu'il dévoile nous donne des envies de voyage studieux là-bas.

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