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Au crépuscule, Place des Martyrs-de-la-Résistance à Aix, un message projeté sur un mur attire mon attention. Lumière entre chien  et loup, ce qui est écrit sur le mur a l'évanescence et la puissance d'un rêve ; mais nous sommes deux à le repérer puisque c'est Fille qui m'a traînée là, un atelier vocal autour du Songe d'une nuit d'été qui sera présenté au festival - la partition de Benjamin Britten. Je cherche des signes partout, et j'ai décidé que ce message, à ce moment précis en était un adressé directement à moi : écris cette foutue scène de ton roman, arrête de tourner autour. Dans mon histoire, je veux raconter cette nuit de pleine lune de juillet 42 où cette oeuvre fut jouée sur une partition de Jacques Ibert. J'y rêve beaucoup. Je lis et relis les articles du site d'Alain Paire, je cherche dans mes notes désordonnées - pourquoi tout est si désordonné : dans ma tête, mes carnets truffés de bouts de papier, de tickets où j'ai écrit trois mots... ça me complique tellement la tâche. Pour les deux premiers romans, j'ai eu la constante impression de marcher dans un labyrinthe ; je me demandais si je n'allais pas tout planter là et ramper vers la sortie en passant sous les haies ; le troisième ne fait pas exception. Mais bien sûr, ce n'est pas possible. Une fois aventuré suffisamment loin dans un labyrinthe, il n'y a pas d'autre solution que trouver le centre puis la sortie. Si bien que je suis dans ma prison verte comme les deux premières fois. Alors je rêvasse beaucoup, longtemps, et j'écris peu à peu en espérant voir le bout.

J'ai chanté. Nous étions nombreux, plus d'une vingtaine je crois, tous des étudiants, et moi, là, au milieu qui avais deux fois leur âge. Cela ne m'a pas émue, mais si leur regard par hasard croisait le mien, il ne faisait que passer. C'était pareil pour tout le monde - la timidité. Fille, Ourson et moi avions un peu l'expérience du chant lyrique - et moi de la chorale puisqu'à l'âge de ces jeunes gens je faisais partie de la Thomas Morley Choir de mon UER d'anglais - collée d'office chez les altos puisque la tessiture de ma voix le permettait. Alors maintenant, je me régale de batifoler avec les sopranos. Et hier, j'avoue l'esbrouffe, une sorte de vanité jouissive (non que ma voix soit intéressante, elle est" brute de décoffrage" !) : tellement tentant et reposant de lâcher la voix, le souffle. Et Britten s'y prêtait merveilleusement. Aujourd'hui, l'adrénaline est retombée, je me sens épuisée, j'ai puisé toute l'eau du puits.

Reçu un courriel de MV des éditions de l'Aube qui ne cache que mon insistance commence à sérieusement les irriter. C'est poli. Il faut dire qu'après deux déjeuners décommandés, j'avais juste envie de m'entendre dire une chose simple : c'est possible ou bien ce n'est pas possible. On peut vous prendre en stage ou pas. Il y a la possibilité d'un poste ou pas. Un truc binaire. Blanc, noir, oui, non. J'ai voulu me montrer "motivée", ce mot à la mode ; je n'ai réussi qu'à harceler. Je n'aime pas attendre. Je préfère le non sans ambage, et hop, je passe à autre chose.

Prof.

Après tout, j'ai réussi à le faire jusque là, je peux continuer, je ne serai ni la première ni la dernière. Je me complique la vie pour rien. C'est vrai quoi. Travailler ici ou là ne changera pas qui je suis, aller ici ou là ne me fera pas sortir de mes frontières. Ailleurs, l'herbe a la même couleur, il faut l'admettre.