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Plaisir de tous les jours - contempler un chat à sa toilette. Aujourd'hui c'est la Marmouse, un des chatons de l'année ; bien stable sur son postérieur, boule de laine molle en appui sur une patte avant, il cure avec soin l'espace entre ses orteils écartés. Il a des pattes de lion, et quand il s'aperçoit que je l'observe, yeux bridés de plaisir il ouvre sa gueule rose sur un long miaulement silencieux de jeune fauve en quête de caresses et de jeux. Je ne me le fais pas dire deux fois.

Est-il nécessaire de secouer la douce torpeur qui me paralyse au soleil, tasse de thé et bons livres ? Ne faudrait-il pas se livrer à quelque chose d'utile, un exercice, une tâche ménagère, un examen de motivation, de conscience ou autre chose ? Est-il recommandé de se laisser vivre ? J'ai perdu le compte des jours, je suis la course du soleil et m'enfonce dans le non-faire au ralenti, sans gravité.

Ah mais non. Je lis (La grosse de Françoise Lefèvre - une pépite) et j'écris (est-ce qu'il s'appellera Ici-même, ce troisième roman ?). Je suis en fait, malgré les apparences, une femme active. Et la nuit, je rêve tellement fort qu'il me faut bien la journée pour m'en remettre. J'ai rêvé de mes élèves, d'un désert de sable qui se changeait en neige, d'un gouffre rempli d'eau claire, si claire qu'elle n'était visible que par les poissons qui y flottaient. Il y avait des loups noirs, des loups blancs au bord de l'eau, je voulais les toucher mais les poissons m'effrayaient, je ne savais pas où l'eau commençait. Quand on les rêve, les rêves sont la vie même - je ne suis pas toujours certaine d'être allongée dans le noir endormie ou ce qu"il convient d'appeler en éveil, la position du corps ne me donnant aucune indication à ce sujet, pas plus que la lumière.

Hélène Dassavray est venue en chair et en os, belle, belle, avec ses deux nouveaux livres : Femme de Lune et de Sagesse, Intégrale et un recueil de poèmes Merci d'être passé. Deux rêves solides, des morceaux de ciel cristallisés - bleus, noirs, zébrés, les cieux d'Hélène. Du plaisir très pur de lecture et de relecture. D'autres rêves solides : le rire de Sophie comme un verre fragile, ses suschis, la voix d'Elise et son rire comme en eau profonde, deux blagues de Maurice et son visage énigmatique. Il rit aussi mais son rire n'est qu'à lui, je ne le compare à rien. L'Homme, je connais si bien son rire que je ne le compare à rien non plus. Est-ce que ça fait une différence d'avoir cinq ou cinquante ans quand on passe du bon temps ?

Revu Breakfast at Tiffany's. Les scènes finales hachent mon coeur menu (oui j'ai le coeur menu et les morceaux tout petits). Dans le sac où Pif le chat a décidé de roupiller, je verse deux larmes en cachette. Je crains l'abandon - je promets de ne jamais l'abandonner - ni lui ni aucun de mes amours anciens et nouveaux - et réclame de ne pas l'être : comme cette idée me fait pleurer bêtement pour rien.