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L'air est transparent.
Déjeuner d'anniversaire, ma belle-mère. Nous sommes nombreux, une table est réservée dans l'un de ces restaurants qui ponctuent la banlieue aixoise - image fabriquée d'une fausse paysannerie, fausse cuisine familiale, faux serveurs, faux cuisinier, faux confort. Je l'avais prévu à peine traversé le faux potager où règne un faux désordre de cannes, de pots, de tuiles entassées, d'arrosoirs renversés avec vue sur les immeubles aux frontons d'une Rome de pacotille qui hérissent ce qui fut la campagne. Notre civilisation s'accroche à une image des temps anciens et vend cher des traditions de quincaille. L'époque est vulgaire. L'addition fut salée, pour de vrai.
A l'ombre, des cristaux de faux sel - de la vraie neige, reste d'une averse nocturne.
Nous sommes de retour vers quatre heures et demie, je pars en promenade pour respirer, je rentre à la nuit tombée. Bernard m'appelle pour savoir où je suis, je le rassure ; la lune n'est pas levée (au fond c'est peut-être la nouvelle lune, je n'en sais rien) mais j'y vois, le gravier dessine un chemin gris facile à suivre, je me sens libre. J'effraie un gros chien blanc dont j'entends les aboiements longtemps.
Vu un film formidable, 12 de Nikita Milkhakov, la version russe, très russe, de Douze hommes en colère de Sidney Lumet. L'intensité du drame, les instants de comédie qui étoffent  et creusent le relief de la tragédie, l'incroyable jeu des acteurs, la pure beauté des cadrages et de la lumière nous vissent dans nos fauteuils jusque tard dans la nuit.

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