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Il pleuvine, le ciel est opaque, les grenouilles tonitruantes. Pif le chat se sèche devant le poêle allumé, il fait encore trop frais dans la maison sans le soleil.

Je laisse le temps passer en me disant que j'en garderai bien assez dans ma mémoire, mais j'ai tort. Même au ralenti, il faut pouvoir encore freiner. Alors je note, la fête de Pâques , la macédoine de légumes, le saumon enfermé dans de la pâte feuilletée, les bouquets que ma mère a disposés dans toutes les pièces. Iris, boule de neige, hellébore, laurier-tin de son jardin - je contemple chacun et je l'imagine disposant les tiges dans les vases. A quoi pense-t-elle ? Comme c'est étrange, les mères. Elles pourraient être les personnes sur terre dont rien ne nous est secret, mais non. Il faut autant de patience pour les apprivoiser que pour n'importe quel autre humain.

La nouvelle fournée de chatons engraisse au panier, les aînés les toisent de loin et se méfient. En règle générale, les chats se tolèrent entre eux, parfois ils s'aiment, d'autres fois ils se font une guerre impitoyable. Mais nous, les humains, ils nous aiment, du moins on veut le croire ; il me semble que rien dans la nature ne nous est complètement étranger, pas même les rochers. Ténu, mais il y a toujours un lien. Observer ce que nous appelons nature, c'est s'observer  et se connaître.

L'envie de ne rien faire persiste, comme si ne rien faire était en soi un acte fondamental à poser.  J'ai assez freiné, là, non ?

Pas de chocolat, pas envie. A la place, je déguste un verre de Rasteau, un solide Côtes-du-Rhône rouge, un bijou. Fille part à Paris mercredi pour photographier les chevaux de la Garde Républicaine.