L'Homme signale à mon attention le témoignage d'un professeur victime de "burn-out" sur France Culture.

J'ai du mal à le digérer. Témoignage, cas particulier, mais dans les grandes lignes je m'y retrouve - culpabilité, envie de retourner au travail mais impossibilité physique de le faire. Je suis en arrêt depuis une année. Comment parler de cet épuisement qui moi ne me fait pas pleurer, ne fait pas trembler ma voix, mais qui me laisse l'autonomie énergétique d'une batterie de téléphone portable âgée d'au moins cinq ans, même au bout d'un an d'arrêt ?

Comme la Marie du témoignage, j'ai envisagé des reconversions (avant même l'effondrement final) ; l'aide du rectorat dans cette volonté de travailler dans un autre champ est proche de zéro ; oui, des réunions de profs de tous âges et toutes conditions psychiques, rendez-vous privés pour s'entendre dire qu'il n'y a pas de reconversion possible. Créer sa propre entreprise ? Mais lorsqu'à 50 ans on arrive à rassembler son énergie pour cette démarche d'aide à la reconversion, on n'a pas l'énergie (sans parler des finances) pour créer une entreprise. Je voulais être dégagée de la responsabilité de cinq ou six classes, des parents qui au bout de cinq minutes d'entretien s'effondrent et vous prennent pour un psychologue ou un curé ; je voulais arriver à oublier la classe, le boulot fusse un instant, mais chaque minuscule événement (une émission à la radio, une vidéo, une visite, une rencontre...) déclenche un réflexe : je pourrais bâtir un cours, une séquence... Même lorsque dans les moments où je peux écrire et fabriquer des univers différents, mon esprit n'est jamais totalement libre. Je suis envahie, colonisée par mon boulot et ça ne se voit pas, c'est incompréhensible pour les autres et même les proches - eux nous accordent quelques semaines, mais au bout d'un an, ça commence à bien faire. Et le psychiatre ne peut pas écrire autre chose qu' "état dépressif" au bas de l'arrêt maladie. Mais je ne suis pas dépressive. C'est mon travail qui me ronge. Un os.