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Le ciel dehors se liquéfie mais le ciel de mon lit est ferme au-dessus de ma tête - yourte intérieure. Les chats me servent de poêle, le thermos de thé laisse échapper de temps à autre un peu de vapeur, j'écoute les variations des bruits de la maison - drache sur les tuiles, craquement du feu, cliquetis des claviers, pages tournées.

Le médecin à qui je confiais hier un léger problème me propose de ne pas confondre bûcheronnage et autres usages de mon antique ou futuriste scie à main avec promenades tranquilles. C'est bien de ne pas être dolente, mais... dit-il. Non, je ne suis pas dolente, pas du tout ; je suis indolente sous ma couette. Je redécouvre Margaret Atwood (Cat's Eye, The Edible Woman), éprouve l'envie de cette écriture patiente, détaillée jusqu'à la poésie. Non goncourable.

Plusieurs personnes et une émission de France Inter ou France Culture me poussent à découvrir l'oeuvre de Françoise Héritier. Je sens qu'elle et moi ferons bon ménage sous mon ciel de lit. Pourvu qu'il pleuve encore, je n'arrive toujours pas à me défaire de ce satané complexe judéo-chrétien qui me pousse à la culpabilité parce qu'en ce moment je ne gagne pas mon pain à la sueur de mon front. Couper des bûches gratuitement, oui ; retourner au lycée et son atmosphère méphitique (et pas à cause des élèves, je l'affirme), non. Pourtant, je travaille tout de même, mais c'est juste un acte gratuit - ça me gêne.

Je trouve terrible que les souvenirs s'effacent sans qu'on s'aperçoive de rien. Seuls nos proches sont au courant. Au début ils le font remarquer (mais si, voyons, il ya deux ans, il y avait la tante Ginette...), mais ça se corse lorsqu'ils répètent leur anecdote ou rappellent une image, patients, sans plus de commentaires, comme si c'était la première fois qu'on était confronté à ce pan de vie  qui nous fait défaut et qu'on n'imaginait même pas avoir vécu. L'exercice quotidien du carnet, outre les nécessaires gammes d'écriture, permet de lutter avec grâce contre cette fourberie du cerveau, l'oubli.