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Première tasse de thé au jardin cette année. Les chats de la maison me suivent, prétendent n'en rien faire. Les chats sauvages, la mère et ses deux chatons qui n'ont pas l'air de grandir, nous emboîtent le pas ce qui déclenche des conflits de territoire et d'allégeance. Les chats ressemblent assez aux humains : la plupart du temps ils tolèrent tout juste la présence les uns des autres - en réalité ils se méprisent, voire se détestent - ils affectionnent les membres de certaines espèces qu'ils domestiquent volontiers - les humains - en chassent d'autres pour améliorer l'ordinaire des croquettes ou se distraire. Ils sont curieux, déroutants, capables d'exploits consternants. Pourquoi mon dieu est-ce que je leur porte tant d'affection ?

En matière de thé, je n'ai pas de goûts raffinés. J'ouvre la boîte en carton jaune de Lipton Yellow (je l'appelle souvent Blyton Mellow pour ne pas faire de publicité à la marque et par jeu - mellow évoquant douceur et plaisir, Blyton étant le nom d'un auteur pour enfants, oui, Le Club des cinq c'est elle, le tout signalant à quel point je me vautre dans une satisfaction régressive lorsque je me prépare un thé) et je hume le parfum qui s'en élève comme un génie hors de sa bouteille. Quel dommage que cette jouissance, innocente me semblait-il,  se teinte à présent d'un sentiment de culpabilité : Lipton veut fermer l'usine de Gémenos, un village auquel je suis attachée par de multiples racines, et les salariés appellent au boycott de la marque. Dilemme.

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