P1030614









Alaïs a passé la matinée à faire des navettes sous l'oeil d'un maître pâtissier qui lui distille les arcanes du métier ; il lui a aussi montré comment façonner un croissant. Il ne lui cache pas les difficultés qui pourraient l'attendre si elle décidait de tâter de l'éclair ou du castel autrement qu'en amateur, surtout pour une fille. Apparemment, la réglementation censée protéger les femmes dans le monde du travail les dessert (!) parfois. Pour une femme dans son équipe, le pâtissier qui l'embauche doit prévoir vestiaires en double et aménagement d'horaire. Pilote, chirurgienne, pâtissière, écrivain, professeur, infirmière, médecin, jardinière, peintre, cinéaste... je vois des complications partout : le mieux, c'est de se lancer dans ce qu'on a envie de faire, les problèmes se règlent au fur et à mesure. Prendre son temps, ça aussi, ça compte ; rencontrer des gens, observer, écouter.
B* me montre son projet pour le nouvel album de Kan-B, Moher : une photo des falaises de Moher où nous étions il y a cinq ou six ans retravaillée au lavis et à petits traits de plume. J'écoute la dernière mouture de la chanson qui donne son titre à l'album et aussi la suivante. J'admire, éberluée, le tableau réalisé sous Excel pour l'aider dans la composition de son histoire : on clique sur le nom d'un personnage, la fiche complète apparaît ; on clique sur le numéro d'un chapitre, le synopsis surgit et beaucoup d'autres merveilles. Je lis quelques pages du texte, je suis pantoise. Je retourne à pas lents vers mon propre ordinateur, ouvre humblement mon fichier intitulé CD, rassemble les tickets de cinéma, les feuilles volantes, les trois carnets où je note au petit bonheur idées , images, associations de mots. et autres bribes... J'essaie de me convaincre que de ce désordre minuscule jaillira peut-être une histoire lisible.


En fin d'après-midi, je fais le tour de mes pépinières préférées et je choisis fuschias, lobelias, géraniums et autres plantes. Vent léger, soleil, un bon moment. Ensuite, sur la terrasse j'organise mes plantations, j'aime bien faire ça, je remets de l'ordre en douceur dans ce qui m'importe. Plus tard, lorsque B* rentre de sa répétition nous allons au cinéma voir In the Electric Mist, le film de Tavernier ; un honnête polar mais je finis par trouver le temps long... Je relirai le livre pour  retrouver l'atmosphère que le film ne rend pas complètement, loin s'en faut. Sylvie Duriez était là.