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En plongée à bord du Nautilus. L'eau ruisselle, monte, s'infiltre, je m'attends à tout instant à voir le mufle d'une lotte, d'un congre ou d'une rascasse se coller à l'un des hublots. Je suis le capitaine Nemo d'un vaisseau de pierre, c'est la mer qui vient à nous, de toutes parts, de la terre et du ciel. Il fait doux, les genêts se prêtent de bonne grâce à leur rôle d'algues.

Un vieux paysan du Puy Sainte Réparade, un village situé à une douzaine de kilomètres au nord d'Aix-en-Provence et une vingtaine au sud de Cabrières d'Aigues, a raconté à B* alors instituteur là-bas, que de toute sa vie, il n'avait jamais vu de neige en juillet en Provence. Il voulait dire par là qu'elle pouvait faire son apparition au cours des onze autres mois de l'année La conversation date d'il y a presque quinze ans, à ce moment nous vivions déjà à la Petite Fontaine et pendant les vacances de Pâques nous avions gravi le Luberon pour nous retrouver dans les paturâges  d'herbe grasse  du versant nord, à Sivergues. Profusion de narcisses, mufliers, soucis et aussi les gros boutons bruns des asphodèles qui préparent leur floraison du mois de juin dès avril. Nous marchions  en direction d'un troupeau de moutons et de quelques chèvres dans un cercle de soleil  qui rétrécissait à toute allure. La température baissait, le cercle de soleil est devenu plus étroit qu'un anneau nuptial pour se transformer en tête d'épingle et se fermer tout à fait. Il s'est mis à neiger à flocons serrés sur les fleurs ouvertes et les feuilles neuves, nous avons entendu se rapprocher le bruit d'un moteur de mobilette antique, un berger, sans aucun doute, à la façon dont il s'est servi de l'engin pour rassembler le troupeau et le conduire à l'abri. Nous avons suivi. Trois heures après, le soleil revenu  faisait fondre une bonne couche de neige collante.
Tout à l'heure j'irai vérifier l'état de fonctionnement de mes branchies.

En attendant une accalmie, je tente de me connecter au site de William Irigoyen pour lire la suite de ses articles consacrés à Hubert Nyssen ; hier, impossible, mais aujourd'hui quelqu'un a réparé les accrocs dans la Toile et je découvre la quatrième chronique consacrée à Zeg ou les infortunes de la fiction que j'avais dévoré en une seule séance de lecture. Dans cette sotie, une sorte de monument : l'image d'un autodafé qui m'a impressionnée d'autant plus qu'elle faisait écho à une scène assez semblable dans mes souvenirs personnels et qui s'est déroulée après la mort de mon grand-père. Mon père, plein de colère et de ressentiment avait décidé de faire table rase du passé. Tous les papiers, les carnets, les cahiers qui se trouvaient dans le bureau de mon grand-père, il les a jeté dans un bûcher érigé au jardin à quelques mètres d'un pin énorme. Au moment où par une fenêtre mon père basculait le fauteuil club du grand-père dans l'idée de le conduire  aussi au bûcher, une branche maîtresse du pin s'est écroulée sur le feu et l'a soufflé. De deux choses l'une : où le pin craint la chaleur et sait s'en protéger, ou bien les fantômes existent.

La pluie redouble.

Demain, la terre sera assez meuble pour aller prélever quelques pieds de ciste et un plant ou deux d'asphodèle que je voudrais pour un des talus du jardin, s'il n'est pas noyé d'ici là.

Elections législatives en Islande : la coalition de gauche l'emporte largement. Chez nous, je lis que si des élections présidentielles avaient lieu aujourd'hui, S. l'emporterait encore. Je me demande si je ne ferais pas mieux d'aller reprendre une goulée d'air islandais plutôt que d'aller à Rome... aller regarder de près la révolution des casseroles et en prendre de la graine, j'aimerais ça !

Ce soir vu Ninotchka de Lubitsch (pétillant) puis enchaîné sur My favorite wife  de Garson Kanin (burlesque). Il est plus de minuit et il pleut à verse.

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